Chaise qui roule n’amasse pas mousse

« Cet après-midi-là, j’étais en attente du diagnostic appréhendé qui a finalement été officialisé.

Je te revois comme si c’était hier, assise dans ta poussette, vêtue de ton joli costume de style asiatique aux coloris orangés. Ton regard, ton sourire et ta joie de vivre firent alors germer en moi une graine : le désir de l’intégration. D’abord sociale, puis scolaire et finalement dans toutes les sphères de la vie.

Je rêvais ainsi que ce qui appartenait à tous d’emblée, à la naissance, allait t’être accessible. »

– Papa

Ce défi, nous l’avons embrassé, mes proches et moi, dès les premiers instants et chaque jour depuis. La clé de l’intégration : la détermination.

Je me souviens très bien de mes premiers jours à l’école… J’étais impatiente d’apprendre à lire et à écrire comme mes amis du quartier (j’avoue, j’étais pressée). Ma déception fut immense lorsque je compris que ces apprentissages n’allaient pas arriver de sitôt… Chaque ami de la classe avait un handicap différent, qu’il soit physique ou intellectuel, ce qui engendrait un travail d’adaptation et de gestion colossal pour le personnel enseignant. J’étais, à l’époque, dans une classe spécialisée.

Quelques semaines plus tard, mes parents faisaient en sorte que je sois acceptée dans une autre école où mes nouveaux amis étaient bien curieux de me voir arriver dans ce petit fauteuil roulant. C’était un bolide bien étrange qu’ils n’avaient, pour la plupart, jamais vu : j’étais la première à rouler dans cette école.

Dès lors, j’allais devoir prouver aux autorités mes capacités intellectuelles et mon autonomie pour poursuivre mon éducation avec mes petits copains. C’était le début d’une longue série où les personnages et les décors changent, mais où les situations se ressemblent.

Le chemin de l’intégration était parsemé d’évaluations et de justifications sur mon potentiel… L’inconnu que représentait le handicap devait être apprivoisé par ceux qui croisaient ma route.

Des dizaines d’années plus tard, les défis sont tout autre, mais des cloisons physiques et psychologiques doivent toujours être abattues. Malgré les efforts à déployer, je vous assure toutefois que les expériences vécues méritent amplement de poursuivre cette course à obstacles. Le sentiment d’accomplissement est d’autant plus grand lorsque les buts poursuivis sont atteints. La récompense compense, comme dit mon papa.

roues

© Photos : Hoby Ratsimbazafy

Lieu de l’image à la une : La Belle & La Bœuf Restaurant Burger Bar, Sainte-Foy (Québec)

10 réflexions sur “Chaise qui roule n’amasse pas mousse

  1. Caroline dit :

    J’ADORE!! Vraiment touchant avec les citations de ton père! S’il y a une personne qui a de la détermination, c’est bien toi!!! Tu es très inspirante et tu as une magnifique plume! Continue comme ça, j’adore lire ton blogue!! 🙂

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  2. Sylvie dit :

    On dirait que tes écrits sont meilleurs à chaque fois, toujours trop court, j’en prendrais encore… je vais attendre ton livre.
    J’ai le privilège d’avoir passé beaucoup de temps à tes côtés et je pense que ma vie en a été transformée positivement. Je suis convaincue que ce blogue pourra apporter un vent de motivation et un nouveau regard sur la vie… sur LEUR vie, pour plusieurs. Merci ma Caro, je t’aime! xxx

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  3. Lousi-Michel dit :

    Chère Caro,

    Ton texte m’a fait penser à l’épisode au secondaire où ton désir de faire du théâtre à incité l’école Charles-Gravel à construire une rampe d’accès à la scène. Ce désir de repousser les limites à ouvert la porte de l’intégration à tous ceux et celles qui fréquentent aujourd’hui cette école secondaire. J’ai eu le plaisir d’assister à un concert cette année dans ce même auditorium et j’ai eu un sourire en voyant les jeunes violonistes performer depuis la magnifique passerelle. Je me souvenais de tout le plaisir que nous avions à faire du théâtre tous ensemble. Pour moi, ce fût le début d’une belle et formidable amitié.
    Merci à tes parents pour cette détermination qu’ils t’ont inculquée.

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  4. Léa Méthé dit :

    Oh Caroline!
    Chaque fois que je lis quelque chose ici, je me dis qu’il faudra bien raconter à ton fan club la fois où je=on pour un voyage à New York qui reste à ce jour un des highlights de ma vie!

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